DE LA RÉLIGION ALIÉNANTE À LA SPIRITUALITE QUI LIBÈRE
Enrique Martínez LozanoMt 20, 1-16
Parfois, les religions se situent entre l'utilité et la crainte. Il est facile à comprendre, si l'on considère que l'être humain est perçu comme besoin et faiblesse. Partant du besoin, Dieu est vu comme celui qui peut combler nos propres vides: c’est ainsi que surgit la religion de ce qui est utile. Partant de la faiblesse, Dieu est vu comme pouvoir et, facilement, surgit la religion de la crainte.
Il n'est pas difficile de constater que les deux caractéristiques –besoin et faiblesse- sont mises en évidence dans le vécu de l’enfant face à ses parents. Les deux font que l'enfant sente un double élan: pour "avoir-à-faire-plaisir" pour ne pas être abandonné, et pour "les utiliser" afin d’obtenir ce dont il a besoin. Le "saut" de cette expérience de l'enfance à une formulation religieuse qui répète ces mêmes schémas, fortement enregistrés dans l'inconscient de l'enfant, est pratiquement spontané.
Si nous rassemblons les deux caractéristiques, le résultat est une religion basée sur l'idée de mérite, qui va générer une religiosité mercantiliste: "Je te donne pour que tu me donne".
Grâce au mérite, le sujet cherche -comme l'enfant face à ses parents- plaire à Dieu; mais en même temps, il se croit certains "droits" face à lui (comme les ouvriers de la première heure).
Où se cache le piège de cette approche? Dans le fait de concevoir Dieu comme un "patron" séparé, qui récompense ou punit selon nos mérites ou nos péchés.
En fait, l'idée de Dieu éclate dans le message de Jésus. Ce que celui -ci révèle de Dieu suppose un virement de quatre- vingts degrés par rapport à ce que la formation "religieuse" habituelle enseigne. Pour Jésus, Dieu es Grâce, Amour gratuit qui n’est que Bonté ("ton oeil est-il mauvais parce que je suis bon").
Quand nous voyons Dieu comme un Être séparé, nous ne pouvons que le penser comme un "seigneur" qui "contrôle" de nos actions et nous récompensera selon elles. C’est pourquoi, il est normal que la personne religieuse essaye d’en obtenir un bénéfice, même aux dépends d’un comportement aliénant. Cela pourrait expliquer que, souvent, quand la personne grandit en autonomie et sécurité, cette image de Dieu tombe. C’est-à-dire, lorsque la personne se trouve en profondeur, la religion se perd.
En fait, ce dieu-là n'avait jamais existé que dans l'esprit de celui qui le projetait ainsi. Tout cela semble nous inviter à passer de la "religion" -comprise comme une construction humaine– à "la spiritualité" comme dimension fondamentale de l'être humain. Même consciemment assumés le besoin et la faiblesse (fragilité, vulnérabilité) du je, la spiritualité -l'intelligence spirituelle- nous fait prendre conscience que notre identité n'est pas ce je manquant, mais la Conscience pleine, le substrat commun et partagé avec tout ce qui est. La religion avait été une "carte" qui voulait nous emmener jusqu’ici; la spiritualité est le "territoire" où -même sans le savoir– nous avions toujours été.
Dans ce territoire nous ne cherchons plus qu’on nous paie un "une pièce d’argent" -ou quelque chose de plus, si nous nous croyons être la "première heure"-, parce que nous avons découvert que toute la "vigne" est à nous et que c’est là où réside précisément notre Joie. Pour cela, ce que nous désirons c'est que tous les êtres puissent le découvrir.
Enrique Martínez Lozano
Traducción: María Ortega