QUAND L'ANGOISSE ARRIVE
Enrique Martínez LozanoJn 12, 20-33
Ce discours de Jésus contient une impressionnante profondeur spirituelle. Il vise ce dont on a besoin pour satisfaire le désir qui encourage nos cœurs. C'est pourquoi il est une parole de sagesse qui veut nous aider à réveiller.
Ce qu'il fait c'est recueillir, de manière vibrante, le sens que Jésus donne à sa vie et sa mort en un seul mot: se livrer. Ce sera le même sens que les synoptiques reccueilleront dans le récit de la "dernière Cène": "c'est moi qui se livre".
Jean le fait à sa manière et dans un contexte qui semble être le parallèle à celui de la «prière de Gethsémani», tel que le rapportent les synoptiques (Mc 14,32 à 42, Mt 26,36 à 46; Lc 22,39- 46), et que le quatrième Évangile ne mentionne pas. Mais, en tous ces cas, Jésus apparaît affligé sous le poids de l'angoisse.
Pour commencer, on dit qu'ils vont voir Jésus glorifié. Nous savons déjà que, pour cet évangile, la glorification a lieu sur la croix. Parce que, pour lui, la croix signifie l'expression ultime d'amour de Dieu au monde («Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique»: Jn 03:16).
La croix est la victoire parce que - dans l'interprétation qu'en fait Jean – c'est la preuve définitive, aussi bien de l'amour du Père, comme le fait que Jésus ait mené à bout le plan divin: manifester son amour pour l'être humain. Jésus glorifié est, donc, le crucifié. Mais cette affirmation enferme beaucoup plus de sagesse, que l'évangéliste lui-même continue à examiner de près avec les paroles que Jésus a prononcées, dans l'image du grain de blé.
Malgrè tout, rien de tout cela ne lui empêche de sentir le trouble: «Maintenant mon âme est troublée, et que dirai-je: Père, délivre-moi de cette heure?". Cependant, la capacité à se resituer est presque immédiate: "Mais c'est pour cela que je suis venu jusqu'à cette heure. Père, glorifie ton nom". Le je continue à être exposé à l'angoisse, mais il suffit de se connecter avec qui nous sommes, pour que l'acceptation surgisse.
Nous sommes en proie à l'abattement et à l'anxiété quand, pour une raison quelconque, nous restons rattrapés par quelque chose qui arrive et nous remue en notre intérieur. Le déclencheur peut être n'importe quoi, et l'intensité de ce qui est éveillé dépend de différents facteurs: dès la fragilité du sujet jusqu'aux conditionnements propres à la psychobiographie de chacun.
Parfois, nous ne pouvons pas éviter l'apparition de certains sentiments ou certaines émotions: cela ne dépend pas de notre volonté. Mais peut être il est possible de développer la capacité de ne pas rester longtemps à leur merci.
Et cela nous le réussirons dans la mesure où, en acceptant ce qui est éveillé, nous ne réduissons pas à ce qui est éveillé; quand nous sommes capables de passer de "ce qui arrive" à "la conscience de ce qui arrive". Ce qui est possible dans la mesure où nous avons développé la capacité de nous reconnaître dans la conscience que nous sommes, et c'est à l'abri des fluctuations mentales et émotionnelles.
Il est alors possible l'acceptation et la reddition complète, dès une attitude lucide et humble qui se laisse fluire avec le courant sage de la vie. Cette reddition à ce qui est, devient une source de paix et d'ajustement.
Il ne peut jamais y avoir de paix durable si nous ne sommes pas alignés avec le moment présent, sans aimer ce qui est. Quand vous aimez ce qui est, rien ne peut vous inquiéter. Comme l'a dit Krishnamurti, le secret de ma paix, c'est que "je ne m'en fais pas de ce qui puisse arriver."
Mais cela ne peut être dit qu'en cas d'avoir dépassé l'identification avec l'ego. Celui-ci ne peut être que dans ce qui arrive et en être la victime; par contre, la conscience de ce qui arrive est, justement parce qu'elle est acceptation, toujours source inépuisable de paix et de joie. C'est notre nom le plus profond: Conscience, Paix et Joie.
Enrique Martínez Lozano
Traducción: María Ortega